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Restauration de la dune du port d’échouage de Pornichet

Inventaires flore et habitats dune

Début 2024, notre bureau d’études Dervenn Conseils & Ingénierie a été missionné pour la restauration de la dune du port d’échouage de Pornichet, en Loire-Atlantique (44). Ce projet a débuté par des inventaires floristiques approfondis et une caractérisation des habitats dunaires, afin d’élaborer un plan de gestion adapté et durable pour ce milieu naturel fragile.

Le site et les objectifs du plan de la mission 

Il y a une vingtaine d’années, la dune du port d’échouage de Pornichet était presque dépourvue de végétation. Grâce à des mesures de gestion adaptées, comprenant l’installation de ganivelles pour canaliser les déplacements des usagers et la plantation d’Oyat (Ammophila arenaria), une flore diversifiée a pu s’y développer.

Photographie aérienne de 2000-2005 (Source : Remonter le temps, IGPN)

Ces actions ont non seulement permis la stabilisation du sable, mais aussi la fixation du sol par les racines des plantes, favorisant ainsi la régénération de l’écosystème.

Quel est l’intérêt de stabiliser et restaurer les dunes ?

Les dunes jouent un rôle écologique et environnementale très important. D’une part, elles agissent comme des barrières naturelles contre l’érosion littorale et les vagues, d’autre part, elles abritent un faune et une flore spécifique à ces conditions uniques (vent, salinité et sol drainant).

 

Afin de poursuivre cette dynamique de restauration, un nouveau plan de gestion est aujourd’hui rédigé par les écologues de notre bureau d’études nantais, dans le but de renforcer la résilience de la dune. Ce projet vise plusieurs objectifs essentiels :

  • lutter contre les espèces exotiques envahissantes pour préserver les plantes typiques des milieux dunaires,
  • protéger le trait de côte et en faire un site modèle pour les futures études et actions,
  • sécuriser les aménagements d’arrière-dune en fixant le sable pour prévenir la dispersion des matériaux sur les infrastructures et les routes,
  • recréer des habitats propices à la biodiversité, particulièrement sur les hauts de plage et dans les dunes.

 

Les différents milieux présents et espèces caractéristiques 

Les milieux dunaires sont un ensemble complexe d’habitats, et la dune du port d’échouage en est un parfait exemple, avec une succession d’habitats caractéristiques malgré sa largeur très contrainte, du fait de l’urbanisation très proche (route et habitations).

Pour mieux comprendre la dynamique de cet écosystème dunaire, explorons les différents stades de la colonisation de cette dune par le végétal et ses espèces caractéristiques, du haut de plage pionnier à la dune fixée plus stable, chaque étape de cette végétalisation étant essentielle à la résilience de ce milieu fragile.

Schéma d’un transect dunaire pour le site des dunes du port d’échouage de Pornichet

Les hauts de plage

Les hauts de plage se situent entre la base des dunes et la limite des flots. Ces zones sont continuellement modifiées par l’action des vagues et du vent. La végétation qui y pousse est pionnière et extrêmement résistante et on retrouve des espèces comme l’Arroche des sables (Atriplex laciniata), la Roquette de mer (Cakile maritima) et la Soude brûlée (Salsola kali).

Ces espèces, qui se développent de manière linéaire et ponctuelle, jouent un rôle crucial dans la formation des dunes. Elles favorisent l’accumulation de sable et créent des conditions propices à la colonisation d’autres plantes. Cette végétation est particulièrement importante pour stabiliser la dune et faciliter l’implantation des espèces suivantes.

Haut de plage

Soude brulée (Salsola kali)

Les dunes blanches

Les dunes blanches se développent après les hauts de plage, où elles sont parfois frappées par les vagues lors de grandes marées ou tempêtes. La végétation qui s’y développe profite de l’accumulation de sédiments que les racines des plantes arrivent à capturer. On y retrouve l’Oyat dominant , accompagné par l’Euphorbe des dunes (Euphorbia paralias) et le Liseron des sables
(Calystegia soldanella). Ces plantes sont adaptées à un enfouissement régulier causé par le sable transporté par le vent.

Dune blanche avec banquette d’accumulation de sable

Liseron des sables (Calystegia soldanella)

Les dunes fixées 

Les dunes fixées résultent de la stabilisation du sable par la végétation. Elles sont moins sujettes à la mobilité et présentent une flore plus riche. Sur la dune étudiée à Pornichet, la dune présente un mélange d’espèces avec des espèces caractéristiques des dunes grises comme la Laiche des sables (Carex arenaria), des espèces prospérant au sein de milieux sablonneux telles que la Porcelle glabre (Hypochaeris glabra) et la Queue-de-lièvre (Lagurus ovatus) mais aussi des espèces plus rudérales comme la Roquette cultivée (Eruca vesicaria) et la Betterave maritime (Beta vulgaris subsp. maritima).

Dunes fixées

Laiche des sables (Carex arenaria)

La présence d’espèces protégées et d’espèces exotiques envahissantes 

Ces habitats dunaires abritent une flore spécifique, adaptée aux conditions de salinité, de vent et de sol mobile.

L’état des lieux a permis de mettre en évidence des enjeux majeurs concernant la flore : on note ainsi la présence d’une espèce protégée : la Renouée maritime (Polygonum maritimum), classée comme quasi-menacée en région Pays-de-la-Loire. Il s’agit d’une espèce discrète de la famille des Polygonacées.

Renouée maritime

Toutefois, l’inventaire a également révélé la présence d’espèces exotiques envahissantes, telles que l’Onagre à sépales rouges, des Erigérons, le Séneçon du cap et de la Cuscute, qui présentent
une dynamique invasive avérée sur site et menacent la diversité des plantes typiques des milieux dunaires.

Séneçon du cap

Onagre à sépales rouges

Ces constatations soulignent l’importance d’un plan de gestion adapté pour maintenir l’équilibre écologique de la dune.

Les principales mesures de gestion proposées 

Au vu de la dynamique des milieux dunaires, des enjeux floristiques identifiés et des contraintes urbaines inhérentes au site, les botanistes et paysagistes de notre bureau d’études ont proposé un plan de gestion incluant plusieurs mesures pour assurer la préservation de cet écosystème fragile. Les actions principales sont :

  • La mise en défend de nouvelles zones pour limiter l’accès humain avec l’installation de clôtures perméables au niveau des hauts de plages et de nouvelles ganivelles au niveau de la dune blanche.
  • La poursuite de la gestion raisonnée de la plage et de la gestion des déchets d’origines anthropiques pour conserver les laisses de mer sur place.
  • La gestion des espèces exotiques envahissantes pour contrôler ces espèces qui nuisent à la biodiversité, en encourageant le développement des espèces végétales indigènes.
  • La sensibilisation des usagers et des gestionnaires des plages à la fragilité de cet espace, particulièrement exposé à la pression humaine, mais aussi environnementale (piétinement des estivants, changement climatique et augmentation des tempêtes, retrait du trait de côte) par la mise en place de panneaux pédagogiques.
  • Le suivi de la flore protégée, des espèces exotiques envahissantes et des végétations, mais aussi le suivi des différents travaux.

 

Conclusion 

À noter que notre bureau d’études nantais a aussi été missionné pour un projet paysager au niveau de la partie sud de la dune du port d’échouage de Pornichet. Ce projet paysager fait le lien avec le projet de restauration de la dune nord.

Ce projet de restauration représente un équilibre délicat entre la préservation d’un milieu naturel fragile et les contraintes inhérentes à la proximité de la route et des habitations en arrière dune.

En combinant des actions concrètes de gestion de la végétation et de lutte contre les espèces exotiques envahissantes, ce projet contribue à stabiliser la dune, favoriser la biodiversité, mais aussi protéger l’urbanisation.

Toutefois, malgré ces mesures de gestion, une question demeure concernant le trait de côte, particulièrement vulnérable face aux changements climatiques qui accélèrent les phénomènes de submersion et modifient les dynamiques côtières.

Ainsi, la restauration de la dune s’inscrit dans une démarche de résilience, qui devra continuer à s’adapter aux défis futurs, afin de garantir la pérennité de cet écosystème et la protection du littoral face aux incertitudes climatiques.

 

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