Collier-de-corail (Aricia agestis)– ©Dervenn, Nicolas Hyon
Identification
Les Papilionoidea, plus communément appelés papillons de jour, appartiennent à l’ordre des Lépidoptères. Le mot lépidoptère fait référence aux écailles qui couvrent les ailes des papillons (le mot vient du grec ancien lepídos « écaille » et pterón « aile »). Les Papilionoidae constituent l’un des groupes d’insectes les plus répandus et les plus largement connus.
Azuré de la bugrane (Polyommatus icarus) – ©Dervenn, Aloys Pichard
La vie des papillons de jour
On rencontre les Papilionoidae dans une grande variété de milieux tels que les prairies, landes, marais, tourbières, jardins, forêts, etc. Mais, les milieux ouverts et ensoleillés sont généralement les plus propices pour observer une grande diversité de papillons.
Certaines espèces sont capables d’effectuer de longues migrations comme la Vanesse des chardons ou « Belle-dame ». Les migrations leur permettent de trouver des conditions favorables dans une aire géographique où les ressources alimentaires des chenilles comme des adultes varient considérablement d’une saison à l’autre. Chaque année, les Vanesses des chardons reviennent d’Afrique du Nord vers l’Europe et volent de nuit comme de jour au-dessus des terres, de la mer ou de l’océan. Elles peuvent parcourir 150 à 200 km par jour avec des pointes à 40 km/h.
Chez les papillons, les individus adultes – ou imagos – se nourrissent le plus souvent du nectar des fleurs grâce à leur trompe, un organe qui provient d’une transformation adaptative de leurs pièces buccales. Les chenilles sont dotées d’un système buccal broyeur et sont phytophages. Selon l’espèce, elles consomment une seule plante ou plusieurs espèces végétales.
Chenille, métamorphose et imago
Après l’accouplement, la femelle va déposer ses œufs sur une plante-hôte propre à son espèce qui servira de plante nourricière à la chenille. À la suite de l’éclosion de l’œuf, la chenille va effectuer plusieurs mues successives jusqu’à se nymphoser en chrysalide. L’ultime étape sera la métamorphose en papillon.
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Chenille et papillon de Paon du jour (Aglais io) – ©Dervenn, Nicolas Hyon |
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Les menaces sur les papillons
Les papillons de jour, à l’instar de nombreux autres invertébrés, sont en régression depuis les années 1970 en Europe. Notamment à cause de l’intensification des pratiques agricoles et de la fragmentation des paysages mais aussi à cause du recul de milieux tels que le bocage, les prairies fleuries et les zones humides.

Sylvaine (Ochlodes sylvanus) – ©Dervenn
Les papillons dans nos régions du Grand Ouest
Richesse spécifique
Sur les quelques 18 000 espèces de Papilionoidea connues au monde, la France métropolitaine compte environ 260 espèces. Nombre de ces espèces sont cantonnées dans des régions de montagne ou méditerranéennes et les régions de l’Ouest de la France n’abritent que 104 espèces. On recense actuellement 84 espèces en Bretagne, 86 en Normandie et 102 dans les Pays-de-la-Loire.
Il est à prendre en compte que le nombre d’espèces, quelle que soit la région considérée, n’est pas stable dans le temps. Des espèces disparaissent localement alors que d’autres sont découvertes. Des mouvements de population sont induits notamment par la modification des habitats ou par le changement climatique.
À titre d’exemple, parmi les 94 espèces évaluées dans la Liste rouge des papillons de Normandie publiée en 2022, huit espèces ont disparu régionalement au cours des 50 dernières années. Le Grand Collier argenté (Boloria euphrosyne) a ainsi disparu des dernières localités où il était présent dans l’Orne au cours des 20 dernières années. Les causes sont liées à la dégradation de ses habitats. A contrario, l’Azuré porte-queue (Lampides boeticus), espèce sujette à des phénomènes migratoires, est d’apparition récente en Normandie.

Azuré porte-queue (Lampides boeticus) – ©Dervenn, Kilian Falhun
Niveaux de menaces sur nos papillons
À ce jour, la Bretagne compte 18 espèces menacées et 6 quasi-menacées à l’échelle régionale ; 14 espèces menacées et 8 quasi-menacées en Normandie ainsi que 25 espèces menacées et 12 quasi-menacées dans les Pays-de-la-Loire. Par ailleurs, ces régions abritent des espèces menacées à l’échelle nationale comme l’Azuré de la Sanguisorbe (Phengaris teleius) dans les prairies humides du Maine-et-Loire ou la Mélitée des Digitales (Melitaea aurelia) dans les pelouses calcaires du nord de la Normandie.
La principale menace qui pèse sur les papillons est la disparition des habitats auxquels ils sont inféodés. Les prairies naturelles, humides ou non, ont largement été remplacées par des cultures intensives, notamment de maïs fourrager. La protection de ces habitats qui étaient majoritaires en Bretagne avant la seconde guerre mondiale, est devenue un enjeu essentiel de préservation de la biodiversité. Il en est de même des landes qui ont été massivement défrichées pour être mises en culture ou boisées. L’utilisation massive de produits chimiques sur les parcelles agricoles représente une autre menace importante sur les populations de papillons. Les herbicides en réduisant la diversité floristique limite la disponibilité en plantes-hôtes et en fleurs nourricières. Les pesticides qui ciblent parfois intentionnellement des papillons (chenilles de piérides sur les plantations de colza par exemple), impactent sans discrimination toutes les espèces. D’autres facteurs menacent les papillons comme l’anthropisation et la simplification des paysages ou le dérèglement climatique.
Pourtant, malgré ces menaces, seules quatre espèces sont protégées par la loi sur les 104 présentes dans l’Ouest de la France : L’Azuré de la pulmonaire (Phengaris alcon), l’Azuré du Serpolet (Phengaris arion), le Cuivré des marais (Lycaena dispar) et le Damier de la Succise (Euphydryas aurinia).
Zoom sur quelques espèces patrimoniales de nos régions
La Mélitée du Mélampyre (Melitaea athalia)
La Mélitée du Mélampyre est une espèce largement répandue en France qui se trouve en limite de répartition dans le nord-ouest du pays. Si elle est considérée comme quasi-menacée en Normandie et dans les Pays-de-la-Loire, en Bretagne cette espèce est classée en danger.
C’est une espèce des milieux semi-ouverts, vallons boisés, bocage humide, prairies, bosquets isolés… On ne la retrouve en Bretagne qu’à l’ouest d’une ligne Saint-Brieuc – Lorient. La modification des boisements qu’elle fréquentait autrefois en Haute Bretagne et le réchauffement climatique semblent l’avoir chassé de l’est de la région. La population de Basse-Bretagne est donc peu à peu isolée des autres populations françaises et pourrait, à terme, disparaitre.

Mélitée du Mélampyre (Melitaea athalia) – ©Dervenn, Nicolas Hyon
L’Azuré de la Pulmonaire (Phengaris alcon) et l’Azuré du Serpolet (Phengaris arion)
Ces deux azurés du genre Phengaris ont en commun un cycle de vie particulier. La chenille effectue un premier stade de développement sur la plante-hôte sur laquelle les œufs ont été pondus. Ensuite, la chenille quitte la plante et se laisse tomber au sol. Elle doit alors être détectée et capturée par des fourmis du genre Myrmica pour effectuer son dernier stade de développement au sein de la fourmilière. Une fois dans la fourmilière, les deux espèces ont des stratégies différentes : les chenilles de l’Azuré de la Pulmonaire sont nourries par les fourmis comme des jeunes coucous alors que les chenilles de l’Azuré du Serpolet mangent le couvain des fourmis. La nymphose se fait dans la fourmilière.
Ces deux espèces spécialistes ont donc besoin pour leur reproduction de la présence de fourmis accueillantes en plus de la présence d’une plante-hôte spécifique. C’est cette plante-hôte qui conditionne l’habitat du papillon. L’Azuré de la Pulmonaire pond sur la Gentiane pneumonanthe, une plante des landes basses humides. L’Azuré du Serpolet pond sur des lamiacées comme le Thym et l’Origan que l’on retrouve dans les pelouses sèches.
Protégés tous les deux, ces azurés sont diversement répartis dans nos régions. Quasiment disparu de Bretagne et des Pays-de-la-Loire où il est classé en danger critique l’Azuré de la Pulmonaire est en danger en Normandie ou subsiste une importante population dans la lande de Lessay (50). L’Azuré du Serpolet n’est présent en Bretagne qu’à Belle-Ile, il est en danger en Normandie mais seulement quasi-menacé dans les Pays-de-la-Loire où il fréquente les prairies et pelouses sèches en particulier dans la Sarthe et dans le Maine-et-Loire.
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Azuré de la Pulmonaire (Phengaris alcon) – ©Wikimedia Commons, Svdmolen |
Azuré du Serpolet (Phengaris arion) – ©Dervenn, Hugo Ploquin |
Le Damier de la Succise (Euphydryas aurinia)
Ce petit papillon territorial pond sur des plantes de la famille des scabieuses, notamment sur la Succise des prés, comme son nom l’indique. C’est sur les plantes hôtes que les chenilles feront l’intégralité de leur développement dans des nids communautaires abritant 20 à 40 individus. C’est dans un de ces nids qu’elles hiverneront avant leur métamorphose au printemps. Le Damier de la Succise a donc besoin de pelouses ou prairies basses dans lesquelles les plantes hôtes sont présentes tout au long de l’année.
L’enrichissement et la simplification floristique des prairies ainsi que des modes de gestion défavorables ont fortement réduit les habitats favorables à cette espèce. Le morcèlement des habitats conduit à un isolement des populations très impactant pour ce papillon qui se déplace peu. Le Damier de la Succise peut être observé dans des landes, tourbières, prairies humides ou pelouses dunaires mais aussi dans des habitats plus étonnants comme l’aéroport de Nantes où une population cohabite avec le trafic aérien sur des pelouses rases entre les pistes.
Protégé à l’échelle nationale, ce papillon n’est pas considéré comme menacé en Normandie. Il est toutefois classé en danger en Bretagne et en Normandie.

Damier de la Succise (Euphydryas aurinia) – ©Dervenn
Conclusion
Les papillons de jour du Grand Ouest constituent un patrimoine naturel riche mais fragile : avec 104 espèces recensées entre Bretagne, Normandie et Pays-de-la-Loire, ces insectes pollinisateurs jouent un rôle écologique essentiel tout en étant particulièrement sensibles à la disparition de leurs habitats. Si des dizaines d’espèces sont aujourd’hui menacées à l’échelle régionale, seules quatre bénéficient d’une protection légale. Des cas emblématiques comme le Damier de la Succise, l’Azuré de la Pulmonaire ou l’Azuré du Serpolet témoignent de la complexité de leurs cycles de vie et de leur dépendance à des habitats spécifiques, dont la préservation apparait essentielle pour maintenir ce maillon important de la biodiversité de nos territoires.
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Sources
Lafranchis T., Jutzeler D., Guillosson J.-Y., Kan P. & Kan B. 2015 La vie des papillons Ecologie, biologie et comportement des Rhopalocères de France
Buord Mikaël, David Jean, Garrin Mael, Iliou Bernard, Jouannic Jacques, Pasco Pierre-Yves & Wiza Stéphane (coord.), 2017. Atlas des papillons diurnes de Bretagne. Locus Solus, Lopérec, 324 p.
Invertébrés continentaux des Pays-de-la-Loire – Gretia, 2009.
Moussus Jean-Pierre, Lorin Thibault, Cooper Alan, 2019. Guide pratique des papillons de France. Delachaux et Niestlé, 416 p.




