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Mise en défens des enjeux écologiques – AMO environnementale

Mise en défens d'habitats naturels - Piquets bois

Mise en défens permanente pour protéger un habitat naturel remarquable (© Dervenn)

En octobre 2025, nous avons abordé l’importance de sensibiliser les équipes travaux face aux enjeux écologiques pouvant être rencontrés sur différents projets d’aménagement.

L’objectif de cette sensibilisation étant que chaque intervenant puisse avoir les bons réflexes à adopter face à un enjeu écologique sur son chantier (qu’il soit nouveau ou connu), même en l’absence de l’écologue.

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Aujourd’hui, nous abordons une deuxième mission de l’Assistance environnementale à Maitrise d’Ouvrage (AMO), couramment mobilisée dans les projets d’aménagement : la mise en défens des enjeux écologiques.

Mise en défens des enjeux environnementaux

Mise en défens temporaire pour protéger des arbres remarquables (© Dervenn)

Définition – Qu’est-ce que la mise en défens des enjeux écologiques ?

On entend par une action de mise en défens : « Toute mesure visant à matérialiser et à préserver des espaces à enjeu écologique»[1].

Elles peuvent être temporaires ou permanentes et préserver totalement ou partiellement l’enjeu écologique concerné.

Pourquoi mettre en oeuvre des actions de mise en défens ?

La « mise en défens » est une mesure réglementaire qui s’intègre dans le cadre de la séquence Eviter, Réduire, Compenser (ERC).

Inscrite dans le droit Français par la Loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature [2] et confortée par la Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages du 08 aout 2016 [3] ; cette séquence permet d’intégrer la protection de l’environnement (et principalement de la biodiversité) sur tous les types de projets, plans ou programmes.

Schéma du bilan écologique de la séquence ERC

Figure 1 : Schéma du bilan écologique de la séquence ERC, source : Evaluation environnementale – Guide d’aide à la définition des mesures ERC – p6- CGDD et CEREMA, 2018

Quel type de mise en défens choisir ?

Le choix s’effectue principalement en fonction :

  • Du/des types d’enjeux écologiques présents (habitat/espèce ; surface/secteur concerné, …).

 

  • Et des contraintes techniques liées au projet sur le site après l’application de la stratégie ERC :
    • Impact sur l’enjeu en phase chantier ou en phase d’exploitation ;
    • Impact total ou réduit ;
    • Proximité du projet vis-à-vis de l’enjeu ;
    • Nature des travaux, …

 

Cette démarche de réflexion intervient d’abord en amont de tout travaux, durant la phase d’étude du projet, afin de vérifier leur compatibilité avec la préservation correcte des enjeux écologiques.

La mise en défens adéquate est donc à adapter en fonction de chaque situation par le ou les écologues en charge de l’étude et du suivi des travaux.

La mise en défens sur le terrain

Mise en défens temporaire

En cas de mise en défens temporaire, l’utilisation de dispositifs interdisant les accès sur les chantiers est majoritairement utilisé (Piquets en bois marqués, Piquets et chainette de chantier en plastique, Grillage de chantier, Barrières HERAS,…).

Ces dispositifs doivent être suffisamment visibles pour tous les intervenants du chantier mais également facilement transportables lors du repli du matériel à la fin des travaux.

Mise en défens espèces exotiques envahissantes

Piquets en bois marqués entourant un massif de Renouée du Japon (zone tampon de 3 m) (© Dervenn)

Mise en défens espèces invasives

Chainette de chantier en plastique délimitant une zone colonisée par des propagules de Renouée du Japon (© Dervenn)

Protection de zones humides - Balisage

Grillage de chantier signalant la présence d’une zone humide (© Dervenn)

Mise en défens des enjeux écologiques - Protection de haie

Barrières HERAS protégeant une haie riche en biodiversité (© Dervenn)

Remarque : l’utilisation de rubalise de chantier est à proscrire en raison de sa fragilité et de sa légèreté qui conduit irrémédiablement à une pollution du site et de son environnement éloigné sur le long terme.

Mise en défens permanente 

Ce type de mesure est mis en place à la fin des travaux et restera effective durant toute la phase d’exploitation du site.

Elle est souvent employée dans le cadre d’une délimitation de secteurs naturels à laisser en libre évolution, tout en garantissant la libre circulation des espèces terrestres.

La divagation des personnes ou du bétail dans ces milieux sensibles est donc ainsi canalisée et permet d’éviter le piétinement ou le dérangement fréquent de la faune et de la flore remarquable.

Cela rend ainsi possible l’accueil des visiteurs ou le pâturage sur un site naturel, tout en préservant les habitats et les espèces qui s’y trouvent.

Mise en défens d'habitats naturels - Piquets bois

Mise en défens d'habitats naturels - Piquets bois

Mise en défens d’habitats naturels par la pose de piquets de bois resserrés pouvant être reliés par un fil de fer (© Dervenn)

Mise en défens spécifique aux amphibiens

En France tous les amphibiens (tritons, salamandres, grenouilles et crapauds) sont protégés [4]. Toutefois beaucoup de chantiers, bien que non situés en zone favorable, peuvent devenir très attractifs pour ce groupe. En effet, les travaux de terrassement peuvent conduire au creusement de fosses ou de dépressions temporaires (volontaires ou non) qui, une fois remplies par les eaux de pluie deviennent des secteurs attractifs pour la reproduction des amphibiens.

Ornière non rebouchée abritant des amphibiens Ornière non rebouchée abritant des amphibiens Amphibien

Ornière non rebouchée abritant des amphibiens (© Dervenn)

Afin d’éviter la colonisation du site des travaux par ce groupe d’espèces, la mise en place d’une barrière à amphibiens est souvent préconisée par les services de l’état ou les écologues.

Composée de piquets et d’une bâche semi enterrée avec un rabat au sommet, dit « en U » celle-ci a pour objectif de bloquer la progression des amphibiens vers le chantier et de dévier leurs déplacements dans des zones ne comportant aucun travaux.

Schéma barrière à amphibiens

Figure 2 : Schéma d’une barrière à amphibiens classique en vue de profil (© Dervenn)

Remarque : En cas d’impossibilité technique de poser une barrière penchée, il est également nécessaire de créer des « rampes de sortie » coté chantier pour permettre aux individus initialement présents sur le site en travaux de sortir facilement sans pour autant pouvoir y retourner (cf schéma et photos ci-dessous).

Schéma barrière à amphibiens verticale

Figure 3 : Schéma d’une barrière à amphibiens verticale en vue de profil (© Dervenn)

 

Barrière à amphibiens Barrière à amphibiens Rampe de sortie pour amphibiens

Barrières à amphibiens (© Dervenn)

Rampe de sortie pour amphibiens (© Dervenn)

Conclusion 

La mise en défens, bien qu’elle puisse sembler simple, nécessite une réflexion approfondie en amont de chaque projet afin d’être adaptée aux enjeux écologiques présentes et aux contraintes techniques des travaux.

De plus, ces dispositifs étant dans leur grande majorité temporaires, il n’est pas rare que ceux-ci se dégradent avant la fin des travaux et nécessitent des réparations en cours de route.

C’est pourquoi un suivi visuel régulier, assuré par un écologue et par les équipes de travaux, est indispensable tout au long du chantier afin de concilier la protection de la biodiversité et la bonne réalisation du projet.

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[1] Evaluation environnementale – Guide d’aide à la définition des mesures ERC – p61- CGDD et CEREMA, 2018

[2] https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGITEXT000006068553

[3] https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000033016237

[4] https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043113964