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Intégrer la biodiversité dans sa stratégie d’entreprise

Face à l’effondrement accéléré de la biodiversité, les entreprises ne peuvent plus ignorer leur rôle dans la préservation du vivant. Au-delà d’une obligation croissante, l’intégration de la biodiversité dans la stratégie d’entreprise représente un levier de transformation, de résilience et de différenciation.

Pourquoi la biodiversité est-elle devenue un enjeu stratégique ?

La biodiversité, socle de nos économies

Sans biodiversité, pas d’économie. Les écosystèmes fournissent des services essentiels — pollinisation, purification de l’eau, régulation du climat… — dont dépendent directement notre économie et de nombreux secteurs d’activité. En 2005, le Millennium Ecosystem Assessment (MEA) définit 4 grands types de services écosystémiques sur lesquels reposent nos activités :

Type de service

Description

Régulation Régulation du climat, de l’eau, de la qualité de l’air, pollinisation
Approvisionnement Ressources naturelles (eau, bois, molécules médicinales, aliments)
Culturels Bénéfices immatériels (loisirs, spiritualité, esthétique)
Soutien Processus biologiques permettant aux écosystèmes de fonctionner

Des exemples concrets de dépendances :

  • Agroalimentaire : 75 % de nos cultures alimentaires et près de 90% des plantes sauvages à fleurs dépendent, au moins en partie, de la pollinisation par les animaux (IPBES, 2016).

 

  • Pharmaceutique : environ 40% des produits pharmaceutiques actuels sont composés d’une base de produits naturels, reposant sur un principe actif issu d’organismes vivants (OMS, 2023).

 

  • Tourisme : l’attractivité d’un lieu est liée à la préservation d’environnements naturels. Ainsi, parmi les critères de choix de destination de voyage des européens, 43% indiquent choisir en fonction de l’environnement naturel de la destination, et cela fait partie des 3 aspects les plus importants de la décision (Commission Européenne, 2021)

 

💡 Notion clé : Le concept de services écosystémiques est essentiel à intégrer dans l’établissement d’une stratégie biodiversité. Il convient de comprendre et d’identifier les services écosystémiques dont dépend l’entreprise pour définir une approche objectivée et sécurisante.

Or, nous vivons actuellement la sixième extinction de masse. Selon l’IPBES (la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, équivalent du GIEC pour la biodiversité), le taux d’extinction des espèces est aujourd’hui 100 à 1000 fois supérieur aux crises précédentes (la dernière ayant eu lieu il y a 65 millions d’années, avec l’extinction des dinosaures).

Dans ce contexte d’érosion de la biodiversité et de pressions sur les écosystèmes, la dépendance des entreprises aux services écosystémiques présente un risque majeur, en particulier pour celles dont les activités sont directement dépendantes du vivant.

Une pression réglementaire et financière croissante (bien qu’instable)

L’Union Européenne a déployé un arsenal réglementaire autour du Pacte Vert (Green Deal) pour accélérer la transition écologique et atteindre la neutralité climatique en 2050. Deux dispositifs majeurs structurent aujourd’hui les obligations des entreprises :

  • La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose aux grandes entreprises (dont les effectifs sont supérieurs à 1000 salariés, et le chiffre d’affaires supérieur à 450 millions d’euros) de publier des informations ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) pour harmoniser et généraliser le reporting extra-financier – voir encadré CSRD [1] – incluant la biodiversité via l’ESRS E4 « Biodiversité et Écosystèmes ».

 

  • La taxonomie verte européenne détermine si une activité économique est durable au regard de 6 objectifs environnementaux, dont la protection de la biodiversité. Elle oriente les investissements vers les activités les plus vertueuses.

 

Dans ce contexte d’exigences réglementaires croissantes et malgré l’instabilité récente concernant la CSRD (notamment revue à la baisse du nombre d’entreprises concernées : passage de 50 000 entreprises européennes vs 6000 précédemment visées), on observe une généralisation de la demande d’informations des investisseurs au regard des risques environnementaux, y compris en matière de biodiversité. La biodiversité devient, au même titre que d’autres préoccupations socio-environnementales, un critère de décision pour l’allocation de capital.

Considérant la montée en puissance du cadre réglementaire et financier vis-à-vis des engagements biodiversité des entreprises, certaines entreprises s’engagent dans des cadres volontaires, qui sont souvent complémentaires :

  • La norme VSME (Voluntary ESRS for SMEs) offre aux PME non cotées un cadre volontaire de reporting ESG, donc non spécifique biodiversité, mais incluant un standard sur la Biodiversité – B5, voir encadré sur la norme VSME [1].

 

  • La TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures), un cadre de reporting volontaire mondial lancé par l’ONU et le Programme des Nations Unies sur l’Environnement, qui vise à identifier, évaluer et divulguer leurs impacts et dépendances, ainsi que leurs risques et opportunités par rapport à la nature.

 

  • Le cadre international SBTN (Science Based Targets Network), une initiative menée par des représentants scientifiques et de la société civile, portée par plusieurs organisations (CDP, World Resources Institute, WWF, Pacte mondial des Nations Unies, PNUE, Forum économique mondial) : il s’agit d’élaborer une méthodologie orientée sur l’action pour réduire l’impact des organisations (entreprises, villes) sur la nature, avec des cibles scientifiques pour la nature.

 

  • Le Programme Entreprises Engagées pour la Nature qui a pour ambition de mobiliser les entreprises françaises en faveur de la biodiversité, en offrant un cadre structurant adapté à la taille de l’entreprise, en cohérence avec le contexte réglementaire.

 

Un levier d’engagement dans une démarche de transition écologique

Si la biodiversité peut présenter un risque majeur pour l’économie de l’entreprise, l’action écologique présente aujourd’hui une opportunité de développement économique :

  • Avantage compétitif : se différencier sur le marché en faisant preuve de leadership en durabilité
  • Résilience : réduire son niveau de dépendance aux écosystèmes et sécuriser son modèle économique sur le long terme
  • Engagement des parties prenantes : renforcer la motivation des collaborateurs et la confiance des parties prenantes grâce à l’impact positif de l’entreprise
  • Accès au capital : faciliter l’accès aux financements auprès d’investisseurs qui privilégient les entreprises responsables

 

Selon une enquête de l’Office Français de la Biodiversité (2024) : 87 % des Français se sentent concernés par l’état de la biodiversité, 49 % estiment qu’il est urgent d’agir, et 57 % considèrent que les grandes entreprises doivent opérer les changements. Cette pression sociétale constitue à la fois un risque réputationnel et une opportunité de valorisation pour les entreprises engagées.

📋 Comprendre la CSRD et la VSME [1] 

Qu’est-ce que la CSRD ?

La Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) est une directive européenne adoptée en 2022 dans le cadre du Green Deal. Pierre angulaire du Green Deal, elle impose aux entreprises de publier un rapport de durabilité ESG (Environnement, Social, Gouvernance), avec des normes harmonisées appelées ESRS (European Sustainability Reporting Standards), permettant de garantir une transparence et une fiabilité des données pour le public et les investisseurs, et une comparabilité entre entreprises. L’ESRS E4 est spécifiquement dédié à la biodiversité et aux écosystèmes.

Qui est concerné par la CSRD ?

  • Les grandes entreprises >1000 salariés et CA > 450 M€ (le vote du Parlement européen du 16/12/2025 a entériné ce seuil d’application, suite au compromis trouvé entre le Parlement, le Conseil et la Commission européenne la nuit du 07/12/2025)

 

La VSME : un cadre volontaire pour toutes les autres entreprises

La VSME (Voluntary ESRS for non-listed SMEs) est une norme volontaire lancée en décembre 2024. En 2025, elle est devenue la référence officielle pour le reporting ESG volontaire, renforcée par la directive Omnibus. Elle propose un cadre simplifié et adapté aux PME, incluant le standard B5 « Biodiversité ».

Pourquoi adopter la VSME ?

  • Structurer sa démarche ESG et biodiversité avec un cadre reconnu
  • Répondre aux attentes des clients, investisseurs et territoires
  • Se différencier par une démarche transparente et crédible
  • Anticiper les évolutions réglementaires futures

 

Simplifications récentes

La directive Omnibus (février 2025) a introduit des simplifications ayant pour but de préserver la compétitivité des entreprises européennes : relèvement des seuils d’applicabilité (les entreprises concernées sont uniquement les entreprises de > 1000 salariés avec un CA > 450 M€, soit réduction du périmètre initial des entreprises concernées de 85%), report de deux ans de l’application de la CSRD pour les vagues 2 et 3 (mais du fait du point précédent, les entreprises de ces 2 vagues ne seront plus obligées de réaliser ce reporting), analyse de double matérialité simplifiée, réduction de 61 % du nombre de points de données obligatoires, possibilité pour les entreprises de la vague 1 (grandes entreprises d’intérêt public et sociétés cotées) d’omettre totalement les informations de plusieurs normes, dont l’ESRS E4 Biodiversité via un acte délégué dit « Quick fix ».

Malgré ces simplifications, le cadre réglementaire CSRD et la norme volontaire VSME restent en vigueur et structurent les attentes des investisseurs et parties prenantes.

Comment intégrer la biodiversité dans sa stratégie ? 

Forts des témoignages des entreprises que nous accompagnons au quotidien, nous sommes convaincus de l’impact positif de leur engagement sur la biodiversité. Chez Dervenn, nous accompagnons les entreprises à travers une démarche structurée en deux phases complémentaires, inspirée du programme Entreprises Engagées pour la Nature de l’Office Français de la Biodiversité.

Animation de groupes de travail auprès des Dirigeants Responsables Rennes Bretagne

Phase 1 : Diagnostic – Comprendre ses impacts et dépendances

L’objectif : objectiver la relation de l’entreprise avec la biodiversité pour identifier les risques, opportunités et leviers d’action prioritaires.

  1. Cartographie de la chaîne de valeur de l’entreprise
  • Comprendre les activités de l’entreprise de l’amont à l’aval, les étapes pour la production de biens ou de services
  • Identifier les parties prenantes dans cette chaîne de valeur

 

  1. Analyse de matérialité biodiversité
  • Identification et évaluation des services écosystémiques pour les activités, donc des dépendances de l’entreprise à la biodiversité tout au long de la chaîne de valeur
  • Identification et évaluation des pressions exercées sur les écosystèmes par l’entreprise du fait de ses activités, donc des impacts de l’entreprise sur la biodiversité tout au long de la chaîne de valeur

 

  1. Identification et évaluation des risques et opportunités
  • Risques : réglementaires, opérationnels, financiers, réputationnels
  • Opportunités : innovation, différenciation, accès aux financements verts, amélioration de l’image

 

  1. Identification des enjeux prioritaires
  • Synthèse de l’état des lieux et priorisation des enjeux pour l’entreprise vis-à-vis de la biodiversité

 

Animation d’un atelier auprès de la CCI Ille-et-Vilaine

Animation d’un atelier auprès du Club ETI Bretagne

Phase 2 : Déploiement stratégique et opérationnel

Une fois le diagnostic réalisé, il s’agit de passer à l’action de manière structurée.

  1. Élaboration d’une stratégie biodiversité
  • Intégration à la politique RSE existante
  • Définition d’objectifs biodiversité SMART (Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes, Temporellement définis)

 

  1. Mise en œuvre d’un plan d’actions biodiversité
  • Déploiement d’actions concrètes : sensibilisation interne, réduction des pressions, restauration écologique, partenariats territoriaux…
  • Organisation du suivi : ressources, indicateurs, pilotage

 

 

Conclusion : faire de la biodiversité un levier de performance

Intégrer la biodiversité dans sa stratégie d’entreprise, c’est :

  • Identifier ses dépendances et impacts sur le vivant
  • Anticiper les risques économiques, réputationnels et opérationnels
  • Saisir des opportunités de différenciation et d’innovation
  • Construire un modèle d’affaires plus résilient et pérenne

 

📚 Sources

  • Millennium Ecosystem Assessment (MEA), 2005
  • IPBES – Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques
  • Office Français de la Biodiversité, Enquête 2024
  • Commission Européenne – Green Deal et Directive Omnibus (février 2025)
  • EFRAG – European Sustainability Reporting Standards (ESRS)
  • Novethic
  • WWF
  • Agence Déclic
  • Environmental Resources Management

 

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