Contexte de l’étude
Le marais de Mazerolles est localisé sur la commune de Saint-Mars-du-Désert, au nord-est de Nantes (Loire-Atlantique – 44). Ce marais accueille deux forages qui alimentent un site de production d’eau potable. Il est inondé chaque hiver puis asséché au printemps par pompage pour exploiter les terres en foin.
Dans le cadre du précédent schéma départemental de sécurisation de l’alimentation en eau potable de Loire-Atlantique (2005), le SIAEP de la Région de Nort-sur-Erdre y a implanté un nouveau site de production d’eau potable, nécessitant l’obtention d’arrêtés préfectoraux conditionnant l’exploitation à un suivi environnemental rigoureux. Le site est aujourd’hui exploité par atlantic’eau, service public de l’eau potable en Loire-Atlantique.
Atlantic’eau a confié à notre bureau d’études Dervenn Conseils & Ingénierie le suivi faunistique et floristique au niveau de la nappe de Mazerolles.

L’objectif principal est d’évaluer les impacts des prélèvements d’eau pour la production d’eau potable sur les écosystèmes en assurant des suivis spécifiques de la faune, de la flore et des paramètres hydro-pédologiques. Ce suivi porte notamment sur l’état de conservation d’une espèce floristique protégée : le Calamagrostis blanchâtre (Calamagrostis canescens), sur l’évolution des habitats naturels d’intérêt communautaire et sur les conditions hydriques des sols tourbeux. Il permet de garantir une exploitation durable de la nappe, conforme aux engagements réglementaires en matière de protection de la biodiversité et de gestion des milieux humides.

Le protocole de suivi écologique
Depuis 2011, un suivi environnemental est mené sur le marais de Mazerolles afin d’évaluer les impacts de l’exploitation de la nappe sur les milieux naturels. Ce programme, initié il y a 14 ans, permet aujourd’hui de disposer d’un historique de données conséquent.
Notre bureau d’études nantais a été missionné pour assurer les trois dernières années de suivi, avec deux volets principaux :
- des suivis annuels ciblés sur l’état de conservation du Calamagrostis blanchâtre (surface, densité), l’évolution de la Jussie invasive (recouvrement) et le recensement d’espèces floristiques patrimoniales telles que la Gesse des marais (Lathyrus pratensis), le Peucédan des marais (Thysselinum palustre) et la Stellaire des marais (Stellaria palustris).
- des suivis triennaux portant sur les habitats naturels (via des transects représentatifs de la mosaïque végétale afin d’évaluer l’évolution, la dégradation ou la fermeture du milieu), mais également sur une faune caractéristique de ces milieux (oiseaux, amphibiens, entomofaune).
En parallèle, le bureau d’études Antea assure la supervision d’un dispositif hydro-pédologique visant à contrôler la saturation de la tourbe dans la zone de pompage ainsi que l’interprétation de données acquises par ce dispositif. Ce dernier comporte un réseau de mesures en continu de différents types : sonde de mesure de niveau d’eau superficiel et d’eau souterraine en piézomètres (dans la tourbe et dans la nappe contenue dans les sables) ainsi que des tensiomètres et humidimètres dans la tourbe. Ces données contribuent ainsi à une lecture croisée entre dynamique hydrologique et évolution des milieux.
Focus espèces / habitats : l’essentiel des résultats
Voici un aperçu de trois éléments marquants des résultats :
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Calamagrostis blanchâtre : un indicateur en déclin |
Feuilles du Calamagrostide blanchâtre (©Dervenn – Nolwenn Caillon, septembre 2023) |
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| Évolution des habitats et progression de la Jussie
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Transect réalisé par Biotope en 2022 |
Transect réalisé par Dervenn en 2025 |
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| Entre 2022 et 2025, les différents inventaires mettent en évidence une dégradation marquée des habitats humides comme on peut le voir sur la comparaison de deux transects. On observe une banalisation croissante des milieux, avec la régression des végétations typiques (roselières à Phragmite et friches du Bidention) au profit de formations homogènes dominées par des espèces exotiques envahissantes, principalement la Jussie (Ludwigia grandiflora). Autrefois marginale, cette espèce colonise désormais largement les habitats, réduisant la diversité floristique et perturbant les dynamiques écologiques.
D’autres espèces exotiques comme Bidens frondosa, Lindernia dubia, Panicum dichotomiflorum ou Cuscuta scandens s’implantent également, notamment dans les zones ouvertes ou perturbées. Certaines structures végétales (touradons de Carex, saulaies ombragées, boisements humides) semblent freiner ponctuellement l’expansion de la Jussie, mais ces refuges restent minoritaires et leur efficacité est limitée. Les gazons pionniers montrent une certaine résilience en fin de saison, à condition d’une exondation précoce. |
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| Marais de Mazerolles, refuge d’une libellule rare et menacée : la Cordulie à taches jaunes |
Cordulie à taches jaunes observé sur le marais de Mazerolles en 2025 (©Dervenn – Kilian Falhun) |
| La Cordulie à taches jaunes (Somatochlora flavomaculata) est une espèce qui affectionne les bas-marais, les milieux tourbeux, les lacs et étangs en voie d’atterrissement. Elle apprécie les milieux peu profonds avec une végétation abondante en hélophytes (Carex et Scirpes) où la ponte a lieu sur les patchs clairsemés d’eau libre. Les mâles patrouillent en effectuant des allers-retours au-dessus d’hélophytes mais plus rarement sur les zones d’eau libre. Ils sont également fréquemment observés en dehors des zones de reproduction, le long de chemins forestiers, de lisières et de haies, de prairies et de marécages entourant les milieux aquatiques.
Particulièrement menacée dans les Pays de la Loire, l’espèce est classée « en danger » sur la liste rouge régionale. À ce titre, elle est inscrite à la déclinaison régionale du Plan National d’Actions Odonates (PNAO) en place de 2025 à 2034. Dans la région, les populations sont très morcelées et il est estimé que sa zone d’occupation s’est amenuie de près de 60%. Les marais de l’Erdre, constitués en partie du marais de Mazerolles, comportent la principale population dans les Pays de la Loire. Le marais de Mazerolles constitue donc un site d’intérêt majeur dans la préservation de l’espèce dans la région. Outre la Cordulie à taches jaunes, d’autres espèces d’insectes d’intérêt sont observables dans ce marais. Citons par exemple le Conocéphale des roseaux, la Naïade aux yeux rouges ou encore le Leste fiancé. |
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Bilan et perspectives
Les suivis réalisés depuis 2011 sur le marais de Mazerolles apportent aujourd’hui un recul précieux sur l’évolution des milieux naturels et de leur biodiversité. En premier lieu, ils ont permis de montrer que le pompage de la nappe n’avait pas d’impact notable sur les populations animales et végétales locales. En revanche, les résultats mettent en évidence une dégradation progressive de certains habitats humides patrimoniaux, marquée par la régression d’espèces végétales caractéristiques comme le Calamagrostide blanchâtre et par l’expansion continue de la Jussie et d’autres espèces exotiques envahissantes. Cette dynamique, sans lien direct avec les prélèvements d’eau, contribue à l’homogénéisation des habitats et à l’appauvrissement de la diversité floristique locale.

Malgré ce constat préoccupant, le marais conserve un fort intérêt écologique. La présence d’espèces patrimoniales floristiques et faunistiques, ainsi que le rôle majeur du site pour la conservation régionale de la Cordulie à taches jaunes, témoignent de la valeur exceptionnelle de ce complexe humide. Les données acquises montrent également que certaines structures végétales et certaines conditions hydrologiques permettent encore le maintien de secteurs favorables à la biodiversité.
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