Dervenn, une entreprise à mission au service des territoires et de la biodiversité

Actualités

Les reptiles de l’ouest

Orvet mâle

Orvet mâle

Les régions Bretagne, Pays de la Loire et Normandie comptent 14 espèces de « reptiles squamates[1] » (Lézards et serpents) au regard des listes rouges établies par l’UICN[2].

  • 9 en Bretagne ;
  • 11 en Normandie ;
  • 14 en Pays de la Loire ;

 

Espèces Bretagne Normandie

Pays de la Loire

Coronelle girondine Coronella girondica (Daudin, 1803) X
Coronelle lisse Coronella austriaca Laurenti, 1768 X X X
Couleuvre d’Esculape Zamenis longissimus (Laurenti, 1768) X X X
Couleuvre helvétique Natrix helvetica (Lacepède, 1789) X X X
Couleuvre verte et jaune Hierophis viridifl avus (Lacepède, 1789) X X
Couleuvre vipérine Natrix maura (Linnaeus, 1758) X X
Lézard à deux raies Lacerta bilineata (Daudin, 1802) X X X
Lézard des murailles Podarcis muralis (Laurenti, 1768) X X X
Lézard des souches Lacerta agilis (Linnaeus, 1758) X X
Lézard ocellé Timon lepidus (Daudin, 1802) X
Lézard vivipare Zootoca vivipara (Lichtenstein, 1823) X X X
Orvet fragile Anguis fragilis (Linnaeus, 1758) X X X
Vipère aspic Vipera aspis (Linnaeus, 1758) X X
Vipère péliade Vipera berus (Linnaeus, 1758) X X X

Quelques notions d’écologie sur les reptiles 

Les serpents et Lézards sont :

  • Des animaux ectothermes[3] (à température variable). Ils se chauffent au soleil pour réguler leur température interne : ils thermorégulent. L’hiver, ils sont enfouis dans des endroits hors gel et hibernent (il n’est cependant pas impossible de les voir s’activer ponctuellement lors de belles journées ensoleillées d’hiver).

 

  • A peau écailleuse: les écailles sont reliées par une peau élastique permettant flexibilité et protection. Elles sont faites de kératine. Les serpents muent en une seule fois, les lézards par lambeaux. Cette mue est liée à la croissance des animaux et à leurs cycles sexuels.

 

  • Doués de sens développés: Ils sont sensibles aux mouvements des proies et des prédateurs. Les serpents n’ont pas d’oreille externe mais possèdent une oreille interne simplifiée performante qui constitue l’organe de l’audition leur permettant de percevoir les infra-sons, les vibrations du support sur lequel ils se trouvent. Chez les lézards, l’ouïe est fine. Ils possèdent une membrane tympanique à l’arrière de la bouche. Tous les squamates ont un organe sensitif particulièrement performant : l’organe de Jacobson, situé dans le plafond de la cavité buccale. Leur langue à l’extrémité bifide entre et sort à des rythmes variés, captant les particules odorantes du milieu et les rapportant dans la bouche où elles entrent en contact avec l’organe de Jacobson qui va analyser toutes les substances récoltées, ce système est appelé « vomérolfaction ».

 

  • Se reproduisant au printemps et, suivant les espèces, pondent des œufs que les femelles abandonnent dans une cavité faisant office de nid, ou les conservent dans leurs voies génitales pendant tout leur développement et mettent bas directement des petits.

 

  • Présents dans une multitude de milieux aux microclimats particulièrement favorables au sein d’habitats généralement exposés (haies, talus, lisières, murets…) et comprenant des zones fonctionnelles préservées en lien avec leurs besoins (refuge pour l’hivernage, site d’accouplement, place d’insolation…) et interconnectées. En Bretagne, les landes sont typiquement des zones privilégiées pour ces animaux car elles offrent une multitude de zones d’exposition et de retraite (à condition qu’elles ne se soient pas envahies par les arbres et arbustes) (LE GARFF B. 2014).

 

  • Des prédateurs: Ils se nourrissent de divers animaux selon les espèces. Les serpents consomment principalement de petits vertébrés tels que des lézards (et leurs œufs), des grenouilles ou des micromammifères, mais aussi des poissons, des orthoptères, voire même d’autres serpents. Les lézards, principalement limités par leur taille, se nourrissent principalement d’insectes, mais aussi, selon les espèces, de mollusques et même de fruits.

 

  • Mais également des proies: Les reptiles sont également vulnérables à de nombreux prédateurs. Certaines espèces ont été observées pratiquant l’ophiophagie (correspondant à la capture et la consommation de serpent), mais d’autres prédateurs doivent également être pris en compte, tels que la pie grièche écorcheur, le circaète jean le blanc, spécialisé dans la chasse aux serpents, ainsi que les poules et les faisans. Les mammifères peuvent également être des prédateurs, notamment les hérissons, les fouines et les sangliers, mais surtout les chats.

 

Lézard à deux raies femelle

Lézard à deux raies femelle

Les multiples menaces qui pèsent sur les reptiles 

Les espèces de reptiles sont particulièrement sensibles aux facteurs de perturbations suivants :

  • l’altération des habitats comme la fermeture des landes provoquée par plantations volontaires ou par un embroussaillement spontané, ou bien l’altération des zones humides qui peut être liée à l’abandon des mares et des fossés, à la mise en culture de prairies humides, ou bien encore à la dégradation du bocage sont d’importants facteurs de déclin des populations de reptiles ;

 

  • l’artificialisation et l’urbanisation autour des villes et villages pour la création ou l’expansion de zones urbaines, industrielles ou commerciales et qui occasionnent une importante fragmentation des habitats ;

 

  • les activités humaines comme l’agriculture intensive ou certaines pratiques de chasse. Cette dernière, par la réalisation d’importants lâchers de Faisans de Colchide (espèce exotique), est à l’origine de gros dommages aux populations de reptiles ; la prédation des chats domestique n’est pas à négliger, 10% des proies rapportées sont des reptiles.

 

  • Le changement climatique apparait clairement comme un facteur de déclin pour les espèces d’affinité septentrionale ou continentale. D’autres sont affectées par les sécheresses de plus en plus fréquentes au printemps et/ou en été.

L’intérêt des reptiles

Les reptiles squamates (lézards et serpents) sont considérés comme de précieux indicateurs de la qualité des milieux naturels, notamment en ce qui concerne les milieux ouverts comme les landes, les pelouses calcicoles ou les milieux semi-ouverts comme le bocage. En effet, en raison de leur mode de vie et de leur biologie, ces espèces sont particulièrement sensibles aux changements climatiques et à la fragmentation des milieux. La présence de certaines espèces est donc souvent révélatrice d’habitats en bon état, notamment dans les zones humides et les bocages.

Leur intérêt peut être aussi patrimonial soit en raison d’un statut régional très précaire, soit en raison d’une responsabilité régionale particulière au regard de la répartition de l’espèce et de son statut au niveau national.

Couleuvre d'Esculape

Couleuvre d’Esculape

Les inventaires de reptiles

Les inventaires reptiles peuvent prendre différentes formes selon les objectifs visés. Il existe, pour les suivis de population, le document Pop-Reptiles qui est dédié à des suivis à long terme à l’échelle nationale. La plupart des inventaires effectués en bureau d’étude sont basés sur ce protocole en reprenant certains éléments de ce dernier. La plupart des études effectuées par Dervenn sont menées sur quatre saisons, ce qui induit une méthodologie adaptée afin d’obtenir une vue d’ensemble de la communauté de reptiles présente sur un site donné.

Le suivi des reptiles implique plusieurs étapes essentielles :

  • Dans un premier temps, le transect, représentant l’unité linéaire prospectée, est positionné selon le choix de l’observateur, en optimisant son emplacement pour favoriser les contacts avec les reptiles.

 

  • Ensuite, vient le passage, qui consiste à parcourir le transect à plusieurs reprises. Les reptiles sont principalement repérés lorsqu’ils sont en pleine activité de thermorégulation. Ainsi, il est essentiel de prendre en compte les microhabitats et les conditions météorologiques, car elles influent considérablement sur l’observation de ces animaux.

 

L’observation à vue le long des transects peut être complétée par la pose et le relevé de plaques reptiles. Cette pratique est préconisée, car elle accroît le taux de réussite des observations. Cette approche permet de détecter à la fois les espèces qui préfèrent les zones ensoleillées et celles qui sont plus discrètes. Ainsi, cette méthode s’avère appropriée pour évaluer la diversité spécifique. Les plaques sont disposées aux endroits les plus favorables, à savoir les zones de lisières où une végétation herbacée dense est présente, les talus bien exposés, les abords de cours d’eau et les zones rocailleuses et de dépôts de matériaux, avec une exposition sud-est de préférence. Les plaques utilisées sont ondulées en fibrociment et plates en caoutchouc (tapis de carrière). Les observations à vue se concentrent principalement au sol, sur les placettes d’insolation telles que les zones à végétation basse ou rase proches d’un couvert végétal. Les murets, les pierriers et les tas de végétation sont également des microhabitats favorables. En Bretagne, en Pays de la Loire et en Normandie, les mois les plus propices à l’observation des serpents et des lézards sont avril et mai.

Vipère péliade sous plaque reptile Lézard vivipare

Vipère pélaide sous plaque – Côtes d’Armor (22)

Lézard Vivipare sur plaque – Côtes d’Armor (22)

Plaque reptiles
Exemple de plaque reptile – Morbihan (56)

Les recommandations de la Société herpétologique de France concernant la météo sont les suivantes :

  • Éviter les périodes froides et venteuses autant que les périodes trop chaudes ; au-dessus de 25 degrés, une journée ensoleillée est défavorable à l’observation à vue et sous plaques.
  • Commencer les prospections assez tôt lorsque la température augmente ; plus les températures sont élevées durant la journée, plus il faudra commencer tôt.
  • Les conditions idéales pour la prospection sont soit une alternance entre nuages et soleil soit en période orageuse, là où les températures sont élevées mais que le soleil ne brille pas directement. Dans ces cas-là, les prospections peuvent potentiellement être effectuées tout au long de la journée.

 

Quelques informations spécifiques aux espèces pour optimiser les contacts et l’interprétation des données :

  • Vipère péliade : Très rare sous les plaques, s’expose à des températures plus fraîches que la plupart des autres serpents, sort à partir de 8°C, saison de reproduction correspondant au pic d’activité en fin avril début mai.
  • Vipère aspic : Assez présente sous les plaques mais plus facilement observable en recherche active, saison de reproduction en avril.
  • Coronelle lisse : L’un des serpents les plus difficiles à observer en recherche active avec un ratio d’un contact pour 27 passages, observable facilement sous les plaques.
  • Couleuvre d’esculape : Rarement observée en thermorégulation en plein soleil, n’hésite pas à se percher dans la végétation et affectionne les granges et autres bâtiments abandonnés.
  • Couleuvre vipérine : Toujours présente à proximité d’une zone d’eau.
  • Lézard Ocellé : Très rare en Pays de la Loire, présent sur un site au sud de Noirmoutier, s’expose en plein soleil sous les fortes chaleurs.

La réglementation relative aux reptiles

L’ensemble des espèces de reptiles présentes dans l’ouest de la France sont protégées à l’échelle nationale, par Arrêté du 8 janvier 2021 fixant la liste des amphibiens et des reptiles représentés sur le territoire métropolitain protégés sur l’ensemble du territoire national et les modalités de leur protection. Cet arrêté entraine une belle avancée avec la protection intégrale de deux espèces de serpents qui ne l’étaient pas par avant : la Vipère aspic et la Vipère péliade. Ainsi, il est interdit de mutiler, capturer, détruire ou enlever des individus, des œufs et même leurs nids. La perturbation intentionnelle des animaux, la détention, le transport et la vente sont également interdits.

Lézard des murailles

Lézard des murailles

[1] Squamates, du latin squamata signifiant « écailles ».

[2] Union internationale pour la conservation de la nature

[3] Se dit d’un organisme qui ne produit pas de chaleur. Son écologie et sa physiologie vont donc directement dépendre de la température de l’environnement dans lequel il évolue.

 

Sources :

https://lashf.org/wp-content/uploads/2021/08/ListeRouge_Amphibiens_Reptiles_PDL_2021.pdf

https://www.anbdd.fr/wp-content/uploads/2022/06/LRR-Reptiles-1.pdf

https://www.arb-idf.fr/fileadmin/DataStorageKit/ARB/Publications/Liste_rouge_amphibiens-2023/ARB-IdF_-_LR_amphibiens_et_reptiles_WEB.pdf

https://bretagne-environnement.fr/tableau-de-bord/evaluation-risque-regional-disparition-especes-bretagne

 

N’hésitez pas à nous suivre sur nos réseaux sociaux pour connaître toutes nos actualités : FacebookLinkedIn, Twitter et YouTube