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Pour une approche plus fonctionnelle de la Trame Verte et Bleue

Posté le 14 mars 2013 | Catégorie : Opinions | 0 Commentaire

Trame verte et bleue et aménagement du territoire

Texte : Vincent Guillemot, ingénieur écologue chez Dervenn

Les Trames Vertes et Bleues ont pour vocation de localiser des continuités écologiques à prendre en compte lors d’opérations d’aménagement du territoire (opérations d’urbanisme, implantations d’infrastructures, projets carriers…) ; au sens de code de l’Environnement ces continuités écologiques comprennent des réservoirs de biodiversité et des corridors écologiquesCe programme est mené de manière concertée avec les acteurs du territoire (écologues, agriculteurs, élus), qui ont souvent du mal à concilier leurs intérêts : protection de l’environnement, protection du foncier agricole, protection d’espaces à vocation urbaine…

D’une vision des corridors linéaires souvent  insuffisante

La vision des corridors linéaires ne satisfait personne : les écologues y voient une aberration fonctionnelle[1], les agriculteurs et les élus un zonage dédié à la protection stricte du foncier pour la biodiversité : les visions s’opposent.

… à une prise en compte de l’ensemble des continuités écologiques

Elle devrait être remplacée par une vision fonctionnelle du territoire sous la forme d’une matrice qui matérialise les secteurs du territoire en fonction de la densité de milieux naturels ou semi-naturels disponible pour l’accueil de la biodiversité ; cette vision permet une plus grande souplesse puisque le raisonnement est orienté en densité et non plus en lignes fixes et immuables : les espaces disponibles pour la biodiversité peuvent se mouvoir, tant que leur proportion dans le paysage reste suffisant[2].

 

Des outils visant à refléter au plus près la réalité de la fonctionnalité écologique du territoire. Exemple : la cartographie de densité d’éléments favorables au déplacement d’espèces

La  notion de cohérence écologique sous-entend en effet la prise en compte des enjeux écologiques qui ne se limitent pas à l’hypothèse de continuité écologique [1].

Concernant les écosystèmes, l’approche doit se baser sur le ciblage de secteurs à enjeu écologique justifié (accueil d’espèces spécialistes et/ou d’habitats naturels à fort intérêt écologique) à éviter lors de la définition de projets puisque très difficiles à compenser (tourbières, pelouses calcaires…). Cette étape qui nécessite d’aller bien plus loin que les données disponibles peut être réalisée dans le cadre des Atlas Communaux de la Biodiversité en cours de révision méthodologique.

Les réflexions complémentaires doivent se faire par thématiques :

  • Agriculture : promouvoir un taux de milieux semi-naturels par exploitation (prairies permanentes, haies, bosquets, bords de champs) tout en conservant une viabilité économique équivalente voire supérieure ;
  • Sylviculture : privilégier la conservation, et des modes de culture respectueux des couverts forestiers en surface et types de peuplements autochtones ;
  • Urbanisme : promouvoir le paysagisme biodiversifié pour  intégrer la biodiversité au sein des aménagements ;
  • Zones humides : préserver la fonctionnalité hydraulique des lits majeurs de cours d’eau.

La concertation doit être réalisée à l’échelle locale et basée sur la définition claire et assumée des enjeux par chacun des acteurs : ce que je ne veux pas perdre. Elle permet de cristalliser une vision partagée du territoire, et de concilier enjeux écologiques/enjeux économiques/enjeux humains.

  • Les écologues doivent accepter le principe de fluctuation des territoires naturels, indépendamment de leur connectivité qui reste un principe théorique1, tant que l’espace brut disponible reste le même ou est augmenté ;
  • Les aménageurs doivent accepter le principe de services rendus par les écosystèmes, et leur caractère impérieux pour l’homme.

L’aménagement du territoire doit ainsi être basé sur une compréhension par chacun des enjeux globaux, des concessions doivent être faites par tous si l’on veut obtenir une mise en œuvre constructive et durable du développement humain.

 


[1] INRA, Agriculture et biodiversité, chap. 1, p. 135 : « la réalisation d’une trame verte et bleue au niveau national pour la biodiversité […] est fondée sur l’hypothèse qu’une connectivité écologique est nécessaire pour maintenir un bon niveau de biodiversité ».

INRA, Agriculture et biodiversité, chap. 1, p.136 : « le pourcentage d’éléments semi-naturels présents dans le paysage apparaît plus important que la connectivité elle-même de ces éléments pour maintenir la diversité de nombreuses espèces. ».

[2] INRA, Agriculture et biodiversité, chap. 1, p. 104 : «Quelques travaux basés sur des données empiriques ont confirmé cette valeur autour de 30% ».

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