Gahard, au
nord de Rennes. Une carrière de sable est inexploitée depuis une
quinzaine d'années. Son propriétaire, l'entreprise Lafarge, a
décidé de confier ce terrain d'un hectare aux bons soins de
Dervenn (le chêne, en breton).
Des arbres
sont déracinés, des touffes d'herbes arrachées, de la lande
fauchée. « Le but n'est pas de rendre l'endroit joli,
mais harmonieux et équilibré pour l'écosystème »,
explique Patrice Valantin, le directeur de Dervenn. Le chantier
aura duré un mois pour un coût de 26 000 €. « Si l'on
n'avait rien fait, cette zone humide se serait comblée et
certaines espèces auraient disparu. »
Dervenn mène
un travail de bûcheron avec une précision chirurgicale. Les
travaux sont parfois réalisés à la main. Tracteurs et quads sont
équipés de pneus basse pression pour limiter les dégâts sur le
sol. « Un an après, il n'y aura plus aucune trace de
notre passage. » Et la nature aura repris ses droits.
Deux
entreprises en France
Cela s'appelle
du génie écologique. En gros, du génie civil adapté à la nature.
« Nous sommes deux entreprises à le faire en France,
précise Patrice Valantin. Nous recréons les conditions pour que
la biodiversité revienne. » Cela peut passer par du
défrichage, comme à Gahard, mais aussi par la pose de cailloux
dans un cours d'eau pour créer des conditions d'écoulement ou par
des plantations sur berges.
La vingtaine
de salariés de Dervenn (ingénieurs, bûcherons, paysagistes...)
joue ainsi tour à tour les promoteurs, les architectes, les
maîtres d'oeuvre, les agents d'entretien et les syndics au service
de la faune et de la flore. Ils s'attaquent à des espaces
abandonnés : terre en jachère, ancienne carrière, friche
industrielle...
Jusqu'ici, la
société a travaillé sur des marchés publics dans tout le Grand
Ouest. Désormais, elle veut proposer ses services aux entreprises
et aux particuliers. « Le constat est simple : 92 %
du territoire français appartient à des privés », note
Patrice Valantin.
Pour le coup,
la démarche doit être volontariste. « Il n'y a pas
d'obligation légale à rétablir la biodiversité. Mais pourrons-nous
survivre sans elle ? » Patrice Valantin est
convaincu que non. « Protéger le patrimoine naturel,
c'est comme sauvegarder un bâtiment historique. C'est au-delà de
la simple valeur économique. »
Philippe
MATHÉ.